Lettre ouverte pour M. Macron, Président de la République Française

Paris, le 9 avril 2022.

M. le Président,

Nous voudrions attirer votre attention sur notre nouvel article et comme nous vous citons, il nous semble convenable de vous envoyer le lien :

Nous avons suivi le 27 mars votre interview télévisée sur le plateau de France 3 et nous voudrions saluer votre lucidité de ne pas entrer dans des déclarations de provocation qui aggraveraient cette situation déjà tendue. Ce qui en revanche nous a retenu l’attention c’étaient vos mots : « Géographiquement ceux qui sont face à la Russie, ce sont les Européens. Les États-Unis d’Amérique sont des alliés dans le cadre de l’OTAN, nous travaillons avec eux et c’est une bonne chose, nous partageons beaucoup de valeurs communes, mais ceux qui vivent à côté de la Russie, ce sont les Européens et c’est pourquoi vous m’entendez dire depuis 5 ans que nous, Européens, nous devons avoir une politique de défense et nous devons définir cet espace, cette architecture de sécurité pour nous-mêmes et pas les déléguer. »

Effectivement, on peut dire que dans cette situation les États-Unis sont des alliés importants mais c’est aux Européens de résoudre cette crise parce que c’est sur le sol européen qu’un conflit armé est en train de se dérouler et comme nous l’avons déjà écrit dans notre première lettre, la France doit être forte. Mais permettez-nous de partager avec vous notre position sur un point. L’Europe n’est pas face à la Russie, ni à côté, vous-même, vous avez dit plusieurs fois, M. le Président que la Russie est en Europe, et c’est un fait géographique. M. Poutine a rappelé qu’il ne fallait pas oublier que la Russie est aussi en Asie. Oui, c’est exact, mais les décisions sont prises en Europe géographique. Et si le Tahiti peut faire partie de l’Union Européenne, on peut considérer la Russie entière comme européenne.

Aujourd’hui une politique russophobe semble être en train de s’installer en Europe et les politiciens semblent avoir oublié ce qu’ils ont dit auparavant. Vous avez dit à Budapest décembre dernier : « Nous aurons l’occasion d’évoquer la stratégie en matière énergétique pour à la fois décarboner nos économies mais préserver cette souveraineté, moins dépendre en particulier de l’importation du gaz hors d’Europe et donc d’assumer une trajectoire nucléaire. » Il se peut que nous nous trompions mais selon nos humbles connaissances géographiques les États-Unis ne font pas partie de l’Europe, il y a même un minuscule petit « lac » entre les deux continents qui s’appelle l’Océan Atlantique. Mais il se peut que notre carte soit obsolète et elle a manqué la dernière mise à jour. Ou c’est la vôtre qui est obsolète ?

Mais nous ne voudrions pas vous imposer notre point de vue, M. le Président, nous voudrions seulement attirer votre attention sur le fait qu’il ne faudrait pas creuser des tranchées entre les pays européens et surtout il ne faudrait pas laisser que des tranchées soient creusées entre les pays européens, parce que c’est l’Europe entière qui va tomber dedans.

C’est dans cet esprit que nous avons rédigé notre article. Nous ne sommes pas des politiciens, nous sommes des artistes et nous ne réfléchissons pas selon les notions politiques, c’est pour ça que notre argumentation peut vous paraître, M. le Président, différent de celle à laquelle vous vous êtes habitué. Il ne faut pas chercher d’appartenance politique dans notre travail, tout simplement parce que nous ne l’avons pas, nous ne pouvons pas nous permettre de nous engager à quelconque mouvement politique.

Étant artistes il nous est très important de rester libres dans nos pensées, dans nos décisions parce que nous nous occupons de l’esprit et de l’âme humains. Nos œuvres s’adressent à tout le monde parce qu’elles traitent des sujets qui touchent tout le monde indépendamment de son éventuelle appartenance politique. Et c’est pour ça que vous pouvez trouver des pensées, des arguments dans notre article qui ne reflètent pas les positions prises dans les pays dits « occidentaux ».

Permettez-nous de contester votre vision des choses dans le respect et dans le cadre de la démocratie, bien entendu. Nous suivons avec attention vos discours, vos débats et vos déclarations et il nous semble que vous ayez construit votre position sur les pensées des Lumières que vous évoquez très souvent avec admiration et avec appréciation. D’après nous, le mouvement des Lumières a ses racines dans la Renaissance qui a mis l’accent sur l’homme et a salué le talent de l’homme, les valeurs que l’homme peut créer et l’importance de l’individu. Mais les Lumières ont fait un pas de plus, et ils ont commencé à chercher les explications aux phénomènes naturels en tournant le dos aux dogmes des religions. Un acte que nous pouvons comprendre mais ils ont malheureusement tourné le dos à celui aussi qui a tout créé, construit et qui a établi les règles selon lesquelles ces phénomènes fonctionnent. Ils ont confondu la religion avec le Créateur.

Comme les enfants qui commencent à marcher et ne laissent pas leurs parents de les aider. Et ils tombent, bien sûr, inévitablement et, soit ils reconnaissent leur tord en larmes, soit ils continuent de s’entêter causant des dégâts à leur entourage et à eux-mêmes.

Donc, au lieu de suivre des idéologies, nous cherchons toujours l’humaine dans les événements, parce qu’il ne faut jamais oublier qu’il y a des hommes par ici, des individus pour qui il faut travailler. Selon notre vision, ce sont les différents mouvements, les différentes idéologies qui sont pour les individus et non pas les individus pour les idéologies.

Ces dernières semaines nous ont été difficiles, pénibles, les images qui arrivent de l’Ukraine sont de plus en plus terribles. Nous espérons que vous, les politiciens vous allez pouvoir rétablir la paix sur le continent, fermer les tranchées, mais les blessures guériront lentement. C’est à nous, les artistes de les guérir, donc nous retournons à notre travail parce que nous avons plusieurs livres et scénarios en préparation. Le monde a besoin de nouvelles pensées, de nouvelles idées pour avancer, pour chercher le dénouement des événements pour pouvoir anticiper.

Nous voudrions vous assurer de la sincérité de nos intentions et nous espérons que notre point de vue vous sera utileet va vous apporter de l’aide.

Veuillez agréer, M. le Président, nos salutations distinguées.

Annabelle Félicité, écrivaine

Natália Karssay, artiste peintre

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