Le prix de la vie et de la santé

Quelques remarques en marge d’une interview.

« Pour ceux qui attendent de recevoir le vaccin Pfizer-BioNTech conçu contre le variant omicron qu’est-ce que vous diriez, jusqu’à quand ils doivent attendre dans l’UE ? Selon vous quel sera la première date en 2022 ?

Je ne peux pas donner de réponse à ça à cause du secret des affaires, puisque BioNTech est également une société cotée et la réponse dans son état actuel n’est pas publique. » Katalin Karikó (Source : https://www.portfolio.hu/gazdasag/20211217/kariko-katalin-elmondta-miert-fontos-a-3-dozis-es-a-gyerekek-beoltasa-516868#)

Mme Karikó donne beaucoup d’interviews en Hongrie et nous avons l’avantage de la comprendre puisque nous parlons le hongrois. Et cette réponse un peu choquante, au moins pour nous, servait d’introduction pour une interview à propos du prix Bolyai qu’elle a reçu à Budapest le 17 décembre dernier.

Tout le monde sait que BioNTech est une société qui est entrée en Bourse fin 2019 (juste avant la pandémie) et dont les actions se vendent au bourse, comme celles de son partenaire, Pfizer. Mais voir par cette réponse à quel point ce fait influence la libre circulation de l’information et surtout dans une situation où l’avenir des plusieurs millions de gens dépende de l’évolution de la pandémie pourrait choquer des gens qui sont plus sensibles à la vie humaine qu’à la cotation boursière.

Mais ce n’est pas la première fois que l’argent passe avant l’humain. Il y a un an la Commission était en pleine négociation avec les laboratoires concernant l’achat des vaccins et elle restaient silencieuse sur le prix des vaccins invoquant une exigence contractuelle, donc toute la population européenne était privée de cette information jusqu’au jour où Mme De Bleeker ne divulgue sur Twitter les prix de tous les vaccins. (Source : https://www.lemonde.fr/international/article/2020/12/21/la-revelation-du-prix-des-vaccins-embarrasse-l-industrie-et-la-commission-de-bruxelles_6064092_3210.html)

Après cette publication la Commission exprimait son embarras puisque cette information était confidentielle selon le contrat signé avec les entreprises pharmaceutiques. Et le contrat sur la transparence des institutions européennes qu’elle a ‘signé’ avec les électeurs ? Il ne faut pas le respecter ?

D’autant plus que l’union est très à cheval quand il s’agit d’exiger la transparence de ses états membres. Pensons ici par exemple à la directive 89/105/CEE qui s’applique aux pays membres depuis 1988 et elle est toujours en vigueur. (Source : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=LEGISSUM%3Al21144) Cette directive exige une transparence de la part des états membres sur les décisions régissant la fixation des prix des médicaments et leur remboursement. Si l’UE exige une transparence de la part de ses membres pourquoi il ne respecte pas les mêmes normes ? Quod licet Iovi, non licet bovi ?

Depuis cette divulgation les prix sont régulièrement publiés, même quand début de l’été Pfizer et Moderna ont fait une augmentation assez considérable. Mais nous ne sommes toujours pas gâtés en ce qui concerne des compositions des vaccins. D’habitude l’UE est très sévère, à juste titre, quand il s’agit d’informer les consommateurs. Pensons aux modes d’emploi des médicaments (détaillés, pleins d’informations, interminables, imprimés avec de minuscules lettres recto verso sur une feuille de papier transparente pour aider la lecture), aux informations nutritionnelles sur l’emballage des aliments (si on lisait au supermarché toutes les informations qui figurent sur tous les produits que nous voulons acheter nous passerions la moitié de notre vie devant les étagères).

Le consommateur a été habitué à trouver des informations sur les médicaments (même quand il s’agit d’une simple et bénigne vitamine C), donc il peut être surpris de ne quasiment rien trouver en surfant sur les sites d’informations gouvernementals sur les compositions et les éventuels effets secondaires des vaccins. Pourtant ces informations ne sont pas confidentielles, mais elles ne sont pas non plus très présentes sur internet.

Nous avons d’abord essayer des trouver des informations sur les sites gouvernementals, nous avons été redirigées vers le site de l’Agence Européenne des Médicaments où nous avons trouvé des documents à télécharger qui contiennent l’information cherchée.

Nous pouvons donc enfin connaître les fameux composants, alors il faut persévérer encore pour trouver l’origine de ces composants, parce que les réponses parfois génèrent d’autres questions. Par exemple les lipides, est-ce qu’ils sont d’origine animale ou végétale ? Et pensons aussi aux personnes qui sont allergiques par exemple au gluten.

Ou est-ce que ces composants sont d’origine naturelle ou synthétique. Par exemple le nouveau vaccin Novavax contient un dérivé de saponines extraites du bois de Panama et une fois il a fallu reporter les essaies cliniques parce que ce composant était manquant. On peut imaginer qu’il y en aura suffisamment de quantité pour fabriquer plusieurs millions de doses ?  Sans doute il sera remplacé par une version synthétique qui aura un ADN semblable mais il ne sera pas le même.

En ce qui concerne le vaccin Pfizer, Mme Karikó a déjà dit qu’on n’utilise pas la même technologie pour une petite quantité que pour une grande. Lors d’une visioconférence enregistrée le 9 mars 2021 elle a parlé de la problématique de la production en grande quantité :

« On peut faire de l’ARN messager en beaucoup plus grande quantité mais l’enveloppe qui l’entoure contient quatre lipides dont deux, on peut les procurer partout, il y en a dans notre sang aussi en grand quantité mais il y en a un qui est très critique, c’est le lipide ionisable dont la synthèse est un grand défi. Parce qu’il faut changer la technologie. C’est comme si tu prépare quelques chose pour deux personnes, tu peux le remuer sans problème et après on te dit que demain tu accueilles 200 personnes. Bon, tu prends une plus grande marmite mais tu ne pourra pas remuer correctement parce qu’il brûle en bas et il est froid en haut et tu dois le faire d’une autre manière. Donc la synthèse de ce lipide est le plus grand défi parce que ce n’est pas productive. »

« Et on dit, n’est-ce pas que l’ampoule ne vient pas du perfectionnement de la bougie et que l’on ne pouvait pas aller à la Lune avec une échelle longue, parce qu’il a fallu une nouvelle technologie mais elle n’est pas encore là, beaucoup de gens travaillent là-dessus. Parce que la synthèse des lipides a été reprise par ceux qui ont pu la bien faire en petite quantité, par exemple l’entreprise Merck. »

« L’UE a insisté que quand maintenant on fait (le vaccin) non pas pour 40 milles gens mais pour 40 millions, il faut regarder la matière si c’est la même. Et c’est très légitime parce qu’il faut produire presque chaque partie (du vaccin) avec une technologie différente et par plusieurs entreprises et l’UE a insisté, à juste titre et ils ont regardé si la matière qui a été produite pour 40 millions de personnes était la même que celle qui a été produite pour 40 milles. Et nous avons vu qu’il y avait des vaccins, pas celui de Pfizer, où il s’est révélé que celui qui a été testé sur l’humain et dont nous avions les résultats et celui qui a été produit pour des masses n’était pas fabriqué avec la même technologie. Et c’est très important qu’il faut le vérifier de la même façon. »

(Source : https://www.youtube.com/watch?v=U31Sjrk-BGA)

Mais il y a d’autres questions aussi.

En septembre dernier une nouvelle a fait la une partout dans le monde : des particules métalliques ont été retrouvés dans un lot de vaccin Moderna livrés au Japon. Un lot de 1.6 millions de doses. (Source : https://www.ouest-france.fr/sante/vaccin/covid-19-les-doses-de-vaccins-moderna-suspendues-au-japon-contenaient-des-particules-metalliques-8e507ae4-0bd2-11ec-9ac3-6d1a6123f9c1) Cette nouvelle pas trop rassurante a attiré l’attention sur une autre problématique de la production. Les entreprises pharmaceutiques disposent plusieurs usines ou ils sont en contrat avec plusieurs d’autres entreprises pharmaceutiques pour respecter les délais mais apparemment cela peut alterner la qualité.

Sans doute dans les sites de production les inspections sont effectuées régulièrement comme par exemple en Belgique quand la Commission a demandé l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé d’en effectué une dans une usine belge. (Source : https://www.lefigaro.fr/flash-eco/vaccins-l-ue-demande-une-inspection-dans-une-usine-astrazeneca-en-belgique-20210128) Mais dans ce cas il s’agissait plutôt d’une inspection de quantité pas de qualité.

Pour les restaurateurs par exemple la formation de HACCP est obligatoire et ils sont inspectés régulièrement dont le résultat est affiché bien visiblement dans leur établissement. Mais quelle est la réglementation concernant la chaîne de fabrication des vaccins et combien de fois les inspections ont lieu ?

Aujourd’hui, en France la vaccination n’est pas obligatoire pour la population seulement pour les soignants et la personne qui souhaite se faire vacciner a le droit de choisir parmi les produits recommandés pour son âge. (Source : https://solidarites-sante.gouv.fr/grands-dossiers/vaccin-covid-19/je-suis-un-particulier/article/foire-aux-questions-les-vaccins#) Jusqu’à la date de publication de cet article plus de 73.1% de la population éligible a choisi d’être vacciné mais une nouvelle vague est là malgré ce taux élevé.

L’éditorial ‘Le fatalisme de l’omicron: la vague qui frappe quand nous avons déjà vu la fin’ de El País du 26 décembre reflète le sentiment qui envahi les gens :

« Au cours des précédentes vagues, il y avait des buts claires: casser la courbe, réussir les vaccins, atteindre l’immunité de troupeau. Maintenant c’est la désillusion qui arrive avec les restrictions provoquées par le nouveau variant et le doute si la pandémie terminerait un jour. »

« ‘Plus personne n’ose dire comment sera la fin ou s’il y en aura fin’, affirme l’épidémiologiste Manuel Franco. ‘Nous avons cru au miracle espagnol de la vaccination. Nous avons déjà réussi et tout était déjà fini. Et maintenant nous avons le sentiment d’être abandonnés’, ajoute ce chercheur de l’Université d’Alcala. ‘Ce qui est claire’, continue, ‘c’est que la nouvelle normalité contient des peurs et peut-être nous devons nous habituer à vivre de manière différente à celle dont nous vivions durant les précédentes décennies’. »

« L’aspect qui dérange le plus César Rendueles, scientifique de l’Institut de Philosophie de CSIC: ‘On nous traite comme des enfants parce que la politique qu’on nous impose est insuffisante.’ »

Et le journaliste conclue :

« La nouvelle normalité c’est ne pas savoir ce que c’est le normal. Et l’objectif se dissipe: quand les dieux ont puni Sisyphe de pousser pour toujours une pierre sur le versant, il savait au moins qu’à la fin de la montagne il y avait un sommet. »

(Source : https://elpais.com/ciencia/2021-12-26/el-fatalismo-de-omicron-la-ola-que-golpea-cuando-ya-veiamos-el-final.html)

La déception et l’incompréhension sont donc là. Mais quel est ce nouvel avenir qui est dessiné devant nous ? Vaccination dans tous les quatre ou même trois mois, test PCR dans tous les deux jours ? Une vaccination obligatoire pour toute la population et si cela arrive qui va effectuer les contrôles ? La police ? L’armée ? Et la personne non-vaccinée sera menottée et traînée à un point de vaccination et vaccinée par la force ? Cette image de l’avenir ‘libre’ et ‘démocratique’ est sombre, et effectivement pleine de peurs.

Sans parler du fait que le test PCR n’est pas pour l’utiliser de manière excessive, dans tous les deux jours. Il atteint une partie cachée et protégée du corps humain qui d’habitude n’est pas exposée à quelconque contact physique. Et ce contact régulier avec les fibres de coton ne peut pas rendre cette zone plus sensible aux infections ?

Donc où sommes-nous cette fin d’année 2021 ? Et où allons-nous ?

L’EU vient de signer un contrat avec Valvena qui « permettra aux Etats membres de commander jusqu’à 33 millions de vaccins supplémentaires en 2023. » (Source : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/IP_21_5784) En 2023. Nous sommes fin décembre 2021. Deux ans de cauchemar encore ?

Plusieurs milliard d’euros dépensés aux vaccins qui seront gratuits pour tout le monde mais ce sont finalement les citoyens et les citoyennes sur les épaules desquels repose la relance de l’économie pour que les états puissent acheter les vaccins et leur ‘offrir’ gratuitement.

Les entreprises pharmaceutiques ont exigés des dirigeants des états et ceux de l’Union de signer des contrats protégés par la confidentialité en se plaçant au-dessus de tous les états et des organisations supranationales comme par exemple l’UE. Et tout ça pour pouvoir négocier des prix plus avantageux pour eux-mêmes et pour empêcher que les dirigeants des pays et des organisations puissent se consulter sur les prix. Comment avoir la confiance dans ces entreprises pharmaceutiques et dans leurs investisseurs qui même dans une situation pareille où il faut sauver toute la population mondiale se permettent de penser à obtenir une position avantageuse sur le marché ?

Quand il y a un an les premiers échantillons des premiers vaccins arrivaient, Mme Karikó a été interviewée le 31 décembre 2020 par une des radios hongroises. La dernière question était : « Qu’est-ce que vous souhaitez pour 2021 ? » La réponse de Mme Karikó : « Je souhaite pour 2021 que ce 2020 passe vite et, bien sûr je souhaite que ce soit une année sans virus, que les gens puissent se retourner auprès de leur famille et qu’ils puissent se rassembler sans aucune peur, que les jeux olympiques aient lieu, que les gens puissent aller aux théâtres, aux concerts et qu’ils oublient tout : le virus, le vaccin, qu’ils m’oublient moi aussi. Qu’ils se réjouissent de ce que la vie revienne à la normale.” (Souce: https://www.facebook.com/mr1kossuthradio/videos/j%C3%B3-reggelt-magyarorsz%C3%A1g-karik%C3%B3-katalin/404319934135073/)

Mais tout s’est passé différemment, et un avenir nous est dessiné avec vaccination dans tous les quatre (peut-être même trois) mois et test dans tous les deux jours pendant des années. Autrefois il était suffisant d’administrer une seule dose d’un vaccin et si l’organisme n’a pas réagi de façon satisfaisant, un rappel, mais pas plus. Imaginez de recevoir le vaccin contre la rage dans tous les quatre mois.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi ne pas développer un vaccin qui serait universel contre cette maladie ? Administrer une seule fois ?

Il ne faudrait pas libérer les vaccins de l’environnement froid de la bourse en exigeant qu’ils soient produits par des sociétés non lucratives ? Pour éviter que le développement et la production soient influencés par les lois du marché et de la bourse ?

Parce qu’il n’y a plus cher au monde que la vie humaine. Cela ne se vend pas.

Jean Castex disait le 27 décembre que « Tout cela semble être un film qui n’en finit pas. » Il est temps de se lever et de sortir de la salle de cinéma.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code