La culture – condamnée à jamais ?

Suite aux nouvelles mesures gouvernementales annoncées officieusement le 1 janvier et officiellement le 7 janvier concernant la prolongation de la fermeture des établissements culturels on a l’impression que la culture est l’une des grands perdants de l’année 2020.

Le 1er janvier une bien triste nouvelle est tombé : la réouverture des établissements culturels ne serait pas possible le 7 janvier, a annoncé M. Attal, porte-parole du gouvernement ( source : https://www.europe1.fr/sante/covid-19-pas-possible-de-rouvrir-les-etablissements-culturels-le-7-janvier-4015738 ). C’est-à-dire théâtres, cinémas, salles de spectacles, musée resteront rideau baissé pour ce nouvel an.

Cette nouvelle a été confirmé le 7 janvier par M. Castex lors de son allocution sur la situation de l’épidémie en France.

Mais ce n’était pas le seul coup dur pour le monde de la culture pendant cette pandémie. Pour mieux comprendre ce qui s’est passé avec la culture durant 2020, nous allons revoir l’évolution de la pandémie et les différentes mesures approuvées par le gouvernement.

Le premier confinement – tous ensemble :

Les autorités demandent un effort commun des commerçants, les magasins sont tous fermés exceptés les pharmacies et les magasins d’alimentation. L’expression non-indispensable apparaît cependant pour la première fois pendant l’allocution de M. Philippe : « En lien avec le Président de la République j’ai donc décidé jusqu’à nouvel ordre la fermeture à compter de ce soir, minuit ( 14 mars ) de tous les lieux recevant du public non-indispensable à la vie du pays. » ( source : https://www.leparisien.fr/societe/coronavirus-edouard-philippe-annonce-la-fermeture-des-lieux-publics-non-essentiels-14-03-2020-8280051.php )

Et ce fut ainsi. Mais avec le temps l’incertitude s’installe. La saison des théâtres et des salles de spectacles se voit troublé et le confinement termine par l’annulation de la grande partie du programme de la saison printemps 2020 et parfois même l’automne 2020. Le monde du cinéma subit le même choc, les premières des grandes productions sont annulées ou reportées, le festival de Cannes également reporté, les intermittents du spectacle se convertissent en agriculteurs.trices. Seule la télévision continue à faire face contre cette situation en diffusant des émissions déjà enregistrées puisqu’il est impossible de créer des nouveaux contenus pendant le confinement.

Mais n’oublions pas, quand ce premier confinement a été annoncé le mi-mars, personne ne se doutait qu’il serait prolongé jusqu’au 11 mai. Nous avions d’abord une période de deux semaines où les commerces et les établissements culturels ont fermé leurs portes à contre-cœur mais en espérant une réouverture rapide. Après qu’une prolongation de deux semaines a été annoncée les bars et restos commençaient à essayer une nouvelle formule : la vente à emporter. Cette phénomène apparaissait également dans les librairies, l’entrée a été semi-barricadée par une table et après avoir fait la queue sagement dans la rue on pouvait demander quel livre on souhaitait acheter. Les clients partaient avec de gros sacs remplis de livres. Mais les musées, les théâtres, cinémas, salles de spectacle, salles de concerts ? Il n’existait pas le spectacle à emporter et il n’existe toujours pas. Le spectacle en ligne, à la maison n’est pas le même. Sans parler du fait qu’il faut avoir la fibre ( et non seulement culturelle mais optique ) et de matériaux adéquats pour pouvoir suivre en direct une pièce de théâtre ou un concert.

L’été – la joie de vie se déchaîne :

Toutes les boutiques sont ouvertes, la vie retrouve son cours normal, les gens vivent un été euphorique. Les restaurants et les bars sont ouverts même jusqu’à 2 heures du matin, parfois plus. Ils pouvaient agrandir leur terrasse pour respecter la distanciation.

Cependant la vie dans les cinémas et dans les théâtres n’est toujours pas en rose. La réouverture se fait progressivement à partir de 22 juin après une fermeture de 3 mois. Les mesures sanitaires obligent, seul un public restreint peut être accueilli ce qui ne permet pas de relancer le secteur culturel.

Le CNC a publié récemment un synthèse sur la réouverture des salles de cinéma entre le 22 juin et 29 octobre. On voit clairement la différence entre le nombre d’entrées en 2019 et en 2020. Seul avantage, les cinémas offrent plus de films français que les années précédentes : « En 2020, l’offre de films américains est nettement inférieure à la moyenne observée entre 2015 et 2019 à 14 %, contre 22 %. Cette diminution profite largement aux films français qui totalise 53 % de l’offre de films (49 % sur la période 2015-2019). » ( source : https://www.cnc.fr/documents/36995/1118512/Les+synth%C3%A8ses+du+CNC+-+la+r%C3%A9ouverture+des+salles+de+cin%C3%A9ma.pdf/113b4600-5e7c-0aa9-ba1d-5d22d7d81e7d )

Mais malheureusement la situation commence à se dégrader dès le mi-août.

Le deuxième confinement – on fait le tri :

Le cauchemar commence pour les salles bien avant le deuxième confinement par un couvre-feu dès le 14 octobre pour la région parisienne et après cela la refermeture totale des salles et des établissements culturels à partir du 28 novembre.

Pendant ce deuxième confinement le même scénario se reproduit pour les établissements culturels, d’abord la fermeture pendant environ deux semaines avec la possibilité de réouverture à partir de 15 décembre. Les cinémas et les distributeurs ont reporté encore les premières déjà reportées et mis les affiches partout en se préparant à la période de fin d’année. Et l’annonce tombe : pas de réouverture avant le début de l’année prochaine ce qui veut dire que Noël passerait sans spectacle. Et après ce Noël amer le 1er janvier comme une sorte de faux-vœux du nouvel an pour que tout espoir s’envole : pas de réouverture après le 7 janvier.

Mais ce deuxième confinement diffère du premier, parce que les écoles de tous niveaux pouvaient rester ouvertes et plus d’activité était autorisé que le printemps dernier. Il s’agissait plutôt un semi-confinement. Les magasins devaient également rester fermés mais les grandes surfaces pouvaient continuer à vendre ce qui a provoqué un mécontentement : juste avant la période de Noël les magasins de jouets et de cadeaux ne pouvaient pas vendre leurs articles pendant que les grandes surfaces profitaient de cette situation. En réponse de cette situation inquiétante le 3 novembre une réponse gouvernementale est née sous la forme d’un décret interdisant la vente des produits dits non-essentiels dans des grandes surfaces en triant tous les produits en deux catégories : essentiel et non-essentiel. ( source : https://www.ladepeche.fr/2020/11/03/confinement-voici-la-liste-officielle-des-rayons-non-essentiels-qui-vont-fermer-dans-les-grandes-surfaces-9179535.php )

Sur la liste des non-essentiels on trouve le livre, symbole de la culture et de la civilisation. Bien sûr il est important son contenu, mais le livre comme produit non-essentiel ? Essayons d’imaginer où serions-nous si le livre n’existait pas. Qu’est-ce qui se passerait avec l’humanité si on n’écrivait pas ? L’homme ressent une nécessité d’immortaliser ses pensées, il veut analyser, débattre, connaître et faire connaître. C’est ce que le livre symbolise : le désir perpétuel pour acquérir des connaissances nouvelles et les partager.

Il se peut que l’idée de l’exécutif était de créer une équilibre et une égalité des chances sur le marché mais il réfléchissait comme un économiste ou un homme d’affaire pas comme le successeur des Lumières dont l’œuvre suprême était l’Encyclopédie et dont la philosophie est considéré comme le fondement de la République.

Petite discussion entre D’Alembert et Diderot – illustration par Natália Karssay

Quelles seront les conséquences de ces décisions prises pendant les deux confinement ?

La production d’un film, livre ou spectacle doit réunir plusieurs participants de différente mentalité. C’est un travail d’équipe et il a fallu toujours savoir coordonner ces différentes objectifs. Par exemple : l’artiste veut faire passer un message, impressionner son public par contre l’investisseur cherche à faire de l’argent. Cette différence était toujours présente dans le monde de la culture mais après avoir subi une humiliation pareille comment la culture va se remettre à pied ? L’investisseur peut dire : Pourquoi investir dans un secteur non-essentiel ? Quelle est la garantie que je gagne de l’argent en investissant dans tel ou tel film ou livre ou spectacle ?

Le plan France Relance a été présenté avant le deuxième confinement, est-ce qu’il sera capable de rétablir la confiance placée dans la culture et sa rentabilité ? Il le promet :

« La Culture, au cœur de notre construction intime et de notre cohésion sociale, marqueur du rayonnement international de la France, a été très durement touchée par la crise sanitaire. Avec 2 milliards d’euros pour la Culture, la réponse est massive et globale. L’enjeu du plan de relance dans la Culture est à la fois de reconstruire les secteurs culturels et de refonder les politiques culturelles, afin de pouvoir soutenir les reprises d’activité et se projeter dans l’avenir. »

( source : https://www.culture.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/Plan-de-relance-un-effort-de-2-milliards-d-euros-pour-la-Culture )

Mais pour pouvoir relancer la culture il faut avoir de l’esprit artistique, parce que la culture n’est pas une question de revenus et de dépenses. La culture est le fondement de la civilisation.

Et une autre discussion entre Molière et Racine, deux grandes figures du théâtre français – illustration par Natália Karssay

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