Des mots qui provoquent une tempête

Le nouveau premier ministre, M. Castex a annoncé son discours de politique générale le 15 juillet à l’Assemblée Nationale mais quelques phrases ont provoqué des troubles dans certains esprits – surtout au Pays Basque.

Nous citons les deux paragraphes en question :

« La France c’est la République. Et celle-ci aussi se trouve aujourd’hui ébranlée dans ses fondements par la coalition de ses ennemis : terroristes, extrémistes, complotistes, séparatistes, communautaristes, dont les armes habituelles de la violence – dans la rue comme dans l’espace privé – et de la lâcheté – souvent garantie par l’anonymat permettant un recours dévoyé aux réseaux sociaux – ont pris ces dernières années une intensité inquiétante. Vous le savez, car vous en êtes régulièrement les victimes. »

« Un projet de loi sur la lutte contre les séparatismes sera présenté en conseil des ministres à la rentrée pour éviter que certains groupes ne se referment autour d’appartenances ethniques ou religieuses. »

source : https://www.gouvernement.fr/partage/11654-declaration-de-politique-generale-de-m-jean-castex-premier-ministre-assemblee-nationale

Une semaine plus tard nous sommes tombées par hasard sur un article apparu dans La Semaine du Pays Basque, hebdomadaire locale, intitulé Vers une criminalisation des séparatismes ? – criminalisation en rouge. Malheureusement le journal ne possède pas un site web, nous ne pouvons donc que montrer une photo de cet article.

La Semaine du Pays Basque du 24 juillet au 30 juillet 2020, page 25.

L’auteur de ce texte, M. Jean-Pierre-Bidegain ne cache pas son inquiétude vis-à-vis les propositions du premier ministre et il craigne que le séparatisme ne soit confondu avec le communautarisme. Pour mieux comprendre ces deux notions nous avons appelé à l’aide, notre vieux ami, le dictionnaire Grand Robert.

communautarisme [kɔmynotaʀism] n. m. ÉTYM. 1951 ; de communautaire (2.).

◆  Tendance à faire prévaloir les spécificités d’une communauté au sein d’un ensemble social plus vaste.

© 2017 Dictionnaires Le Robert – Le Grand Robert de la langue française

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séparatisme [sepaʀatism] n. m. ÉTYM. 1721, relig. ; 1860, polit. ; de séparatiste.

◆  Tendance à la sécession ; mouvement séparatiste.

© 2017 Dictionnaires Le Robert – Le Grand Robert de la langue française

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sécession [sesesjɔ̃] n. f. ÉTYM. V. 1508 ; cecession «  sédition  », 1354 ; lat. secessio, de secedere «  se retirer  ».

 1   Action par laquelle une partie de la population d’un État se sépare, de façon pacifique ou violente, de l’ensemble de la collectivité, en vue de former un État distinct ou de se réunir à un autre.

© 2017 Dictionnaires Le Robert – Le Grand Robert de la langue française

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L’explication est claire, les séparatistes veulent se séparer ( territoire inclus ) d’une collectivité dans laquelle ils vivent et les communautaristes veulent imposer leur mode de vie sur l’ensemble de collectivité dans laquelle ils vivent.

Selon l’article : « Au fond on vit tous sous les mêmes lois. Les différences sont acceptables, oui, mais pas une séparation ! Bien sûr aujourd’hui tout le monde comprend qu’il s’agit d’une mesure contre l’islamisme mais si les termes de la loi, ne précisent pas qu’il s’agit de Séparatisme Islamique, demain ou après demain, qu’est-ce qui nous garantit qu’un gouvernement mal intentionné, ou appliquant une doctrine hyper-nationaliste ne se serve d’une telle loi pour interdire un parti Basque, Breton ou Corse sous prétexte qu’ils portent atteinte à l’unicité de la République. »

Alors pourquoi avoir peur si personne ne veut se séparer de la France ?

Ensuite l’article fait une comparaison assez maladroite avec la situation de Hong Kong où « la nouvelle loi chinoise sur l’interdicition du séparatisme, vient de permettre aux autorités de mettre en prison les douze premiers défenseurs des libertés démocratiques qui souhaitait le maintien des libertés judiciaires actuelles de Hong Kong et envisageaient si elle disparaissaient de promouvoir l’autonomie de Hong Kong. » L’auteur ne se soucie pas du fait que la Chine d’aujourd’hui n’est pas un État démocratique, comparer avec la France, c’est une mauvaise leçon d’histoire.

Mais où commence le séparatisme ? Quels sont les premiers signes ?

  • Est-ce que le fait que l’agglomération du Pays Basque couvre tout le Pays Basque français n’est pas un tel signe ?
  • Est-ce que le fait qu’elle gagne de plus en plus de responsabilités ne l’est pas non plus ?
  • Est-ce que le fait que les représentants de l’agglo luttent pour que ses conseillers soient élus à suffrage universel est dans la normalité de la République ?
  • Est-ce que le fait que certain candidat à la Mairie de Biarritz faisait campagne pour une autonomie énergétique et alimentaire du Pays Basque n’ont rien à voir avec le séparatisme ?
  • Est-ce qu’une conversation pareille lors du débat d’entre-deux-tour entre deux candidats n’est pas non plus une raison de s’alarmer ?

« M. Barucq – Un centre de formation de rugby, ça ne se joue pas qu’à Biarritz, ça se joue au Pays Basque nord et au Pays Basque sud.

Mme Arosteguy — … Guillaume Barucq, soyez parfaitement rassuré parce que ce seront des petits basques qui viendront de tous les villages du Pays Basque au centre de formation du BO… (Biarritz Olympique) »

Et les petits Français ? Où sont-ils ?

  • Est-ce que ce ne sont pas les premiers signes de ce qu’une groupe se refermerait autour d’appartenances ethniques ?
  • Et un discours pareil de la part d’une conseillère municipale n’est pas inquiétante ?

« Dans la semaine qui vient quand vous annoncerez les délégations, j’espère qu’il y aura une place pour la langue de notre territoire qui est l’euskara et que Biarritz est en avance sur son temps par rapport aux autres communes dans ce domaine depuis plusieurs dizaines d’années. Donc j’espère que cette mandature permettra de continuer le travail qui était fait et que nous n’oublions pas que Biarritz se situe au Pays Basque. » Mme Brao, conseil municipal du 3 juillet 2020, à partir de 51:00, Biarritz.

Une petite précision : le Pays Basque est en France. Il suffit de jeter un coup d’oeil sur la carte d’Europe.

En tout cas l’auteur de l’article de La Semaine du Pays Basque termine ses pensées en cherchant du soutient : « Les organisations et les partis basquisans, comme leurs homologues corses, occitans ou bretons devraient unir leurs forces pour faire évoluer cette nouvelle loi vers une position anti-communautaire. »

Tandis que M. Castex a terminé son discours de politique générale par ces paroles :

« Dans ces temps troublés, nous avons une boussole : la République. La République c’est notre ciment, la République c’est notre espérance. C’est elle qui doit unir les Français, qui doit assurer leur protection, libérer leurs énergies, aiguiser leur sens des responsabilités et leur goût d’entreprendre, incarner les promesses de la justice et du progrès social. »

M. Jean Castex, premier ministre

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