Des hommes – une première à Deauville

Cette année le Festival du Cinéma Américain de Deauville a eu lieu début septembre sous un beau soleil. 10 jours intenses de cinéma, presque 100 films, hommage à Kirk Douglas, 2 jurys et beaucoup de spectateurs – masqués mais motivés. L’un des premiers festivals maintenus d’après-covid devait se passer des américains qui ne pouvaient pas venir à cause de la situation sanitaire.

Mais la 46ème édition du festival avait une particularité, une belle initiative : 10 films qui faisaient partie de la sélection officielle du Festival de Cannes ( reporté à 2021 ) ont été présentés ici.

Nous avions le privilège d’assister à la première de l’un de ces films : Des Hommes, réalisé par Lucas Belvaux avec Gérard Depardieu comme protagoniste.

Ce long métrage raconte l’histoire de trois jeunes hommes qui ont été appelés à la guerre d’Algérie et qui sont rentrés en France mûrs mais dont la vie était brisée. Mais il ne s’agit pas d’un film de guerre, le film n’a pas pour but de raconter la chronologie des événements mais l’impact exercé par la guerre sur la vie de ces trois jeunes hommes.

Voici quelques image de Deauville, du festival et de la première avec Lucas Belvaux et quelques-uns de ses acteurs.

Nous n’allons pas écrire le synopsis du film mais nous allons plutôt analyser ce que nous avons vu.

Comme nous avons indiqué dans la préface, ce n’est pas un film de guerre, c’est un film d’après-guerre, un film de pensées, de souvenirs, de réflexions, plutôt que de l’action.

L’histoire commence dans le présent, nous avons devant nous un personnage agressif, un peu hors de la société qui n’est apparemment pas porté dans le cœur de son entourage. C’est Bernard, notre protagoniste, interprété par Gérard Depardieu. Lors de la fête d’anniversaire de sa sœur, Solange, interprétée par Catherine Frot, il insulte Saïd, l’habitant arabe du village et plus tard dans la journée il veut agresser la famille de ce dernier. Personne ne comprend pourquoi Bernard se comporte de cette manière, même pas sa sœur, la seule personne avec laquelle Bernard a gardé un contact „normal”. Seul Rabut, leur cousin connaît la cause, pourquoi Bernard est devenu un personnage aussi désagréable, toujours ivre, incapable de vivre normalement dans la société. C’est la guerre d’Algérie, ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont fait.

Dans la nuit, dans la solitude ils osent peut-être pour la première fois depuis leur retour de se souvenir de tout, se souvenir de ce dont ils n’ont jamais parlé.

Et à partir de cet instant le film devient une sorte de mosaïque, les personnages et les spectateurs doivent reconstituer le passé à la base de ces petits fragments d’images et de sons. L’histoire tombe en milles morceaux comme le faisait la vie de Bernard.

Forte heureusement leur histoire n’est pas seulement racontée mais également montrée : on les voit jeunes en Algérie, on voit leur ami, Février qui est mort depuis. Ils étaient trois et voilà la première difficulté du spectateur : faire la différence entre les trois garçons – blonds, de même allure, en uniforme. Et au début c’est difficile à identifier lequel est le jeune Bernard, le jeune Rabut et le troisième – par élimination – est Février.

Après l’identification l’histoire commence à se déployer, mais les souvenirs ne se succèdent pas de façon chronologique : nous voyons les jeunes Bernard et Rabut danser avec une fille et tout à coup on se retrouve dans les montagnes, les garçons avec des fusils à la main. Pendant le film nous ne savons pas parfois où et quand sommes nous.

Mais petit à petit et pas à pas nous comprenons l’histoire, le drame, les massacres et la bêtise humaine, la tragédie qui a été causé par les trois garçons. Nous connaissons l’erreur qu’ils ont commise dans le passé et qui leur a gâché la vie et dont l’effet se fera sentir dans le présent.

Sans spoiler, on va comprendre qu’il n’y a pas de gagnants dans cette histoire, seulement des perdants. Au début du film Bernard est un antihéros, à la fin après avoir vu et connu son histoire il devient moins antipathique mais il ne devient pas un héros.

Mais pourquoi Des Hommes comme titre ? En rentrant de l’Algérie leur entourage disait qu’ils ont devenu des hommes mais pour eux c’était contradictoire parce qu’ils ont vu des massacres terribles qui étaient commises par des hommes. Alors ils ont devenu des hommes, mais quels hommes ?

En ce qui concerne les acteurs ils ont bien travaillé mais ils n’avaient pas assez d’espace. Nous avions beaucoup, beaucoup de gros plans avec leur visage qui occupait tout l’écran, on avait l’impression d’être dans un cage et que l’acteur-même n’avait pas de champ d’action. C’est peut-être l’influence du Fils de Saul, réalisé par Nemes Jeles László mais l’utilisation extrême des gros plans et des très gros plans peut paraître une fausse bonne idée parce que cela crée une ambiance de claustrophobie et empêchent les acteurs de travailler ensemble, créer des liens, montrer les sentiments, les émotions. On manque d’espace et ça étouffe. Imaginez Christophe Colomb, Cyrano ou Jean Valjean composés de gros plans.

L’autre chose très importante avec les films dont l’histoire se déroule dans le passé, c’est le décor et les vêtements, la présentation de l’époque. Comme les garçons portent une uniforme qui est un peu intemporel c’est seulement les vêtements de femme qui nous aident à nous situer dans le temps. Alors l’évocation des années ’60 se pose uniquement sur les épaules de Fleur Fitoussi, l’actrice qui interprète le rôle de Mireille, femme de Bernard. Et pour bien réussir cette tâche il lui aurait fallu regarder des films, des enregistrements de l’époque, observer les gens comment ils se comportaient et surtout comment elles se comportaient. Elle utilise malheureusement des gestes d’aujourd’hui et elle porte ses vêtements des années ’60 comme s’ils étaient une sorte de déguisement. Elle ne s’y intègre pas vraiment. Il aurait fallu trouver d’autres éléments aussi pour évoquer les années ’60.

A la fin du film on se retrouve soudainement dans le présent avec Solange, Rabut et Bernard. Un nouveau jour commence mais malheureusement le film se termine sans montrer leur avenir, coupé et fin. Bernard et Rabut ont revu pendant la nuit leur passé mais on ne sait pas s’ils seraient capables de vivre avec leurs souvenirs ou pas. Le film mériterait une suite bien réalisée avec un scénario plus entraînant.

Le film est une adaptation du roman Des Hommes de Laurent Mauvignier, le scénario est l’œuvre de Lucas Belvaux. Nous allons lire le livre pour pouvoir comparer avec le film et analyser l’adaptation.

Alors à suivre…

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