Beaucoup de bruit pour rien – mettant en vedette Justin Trudeau

C’est par ce titre un peu piquant que nous souhaitions introduire notre article sur les résultats des élections anticipées tenues le 20 septembre au Canada.

36 jours de campagne, 600 millions de dollars dépensés – selon M. O’Toole – et M. Trudeau a été renvoyé à la case de départ. Deux sièges de plus obtenus, mais il doit quand-même former une deuxième fois un gouvernement minoritaire.

Dans l’émission Face à face organisé par la chaîne québécoise, ATV le 2 septembre, il a laissé entendre son intention de reconvoquer les élections 18 mois plus tard s’il n’obtient pas la majorité. S’il s’avance à ce rythme, 2 sièges de plus dans tous les 18 mois, dans 9 ans, il l’obtiendra.

Chaque chef de parti s’est exprimé lors de la soirée de l’élection en cherchant un point de repère pour pouvoir continuer.

M. Trudeau disait qu’il a compris le message des électeurs, ils ne veulent pas entendre des élections et des partis, ils veulent voir les députés travailler :

M. O’Toole disait que « cette pandémie a augmenté les petites différences entre nous, elle a aussi aggravé la division chez les Canadiens, malheureusement cette élection n’a fait qu’empirer les choses. »

M. Singh, le chef du Nouveau Parti Démoratique a regardé vers l’avenir : « Ensemble, on va bâtir une meilleur société. »

M. Blanchet a fait un constat de la situation : « Pour l’instant on est dans une espèce de statu quoi ante qui nous obligera à reprendre les conversation qui ont été suspendues lorsque l’exercice de collaboration est devenu une exercice de partisan. »

Mme Paul s’est forcée de cacher sa déception, son parti a perdu un siège, ils n’en restent que deux, et elle ne pouvait pas gagné dans sa circonscription.

Quelques mots encore sur la participation : le taux de participation était de 61,02%, en baisse par rapport aux élections de 2019 où 67,03% des inscrits ont déposé leurs votes. Comparé à celui des élections régionales en France de cette année, qui était de 34,69% au deuxième tour, les Canadiens ont répondu à l’appel. Mais pour avoir un aperçu plus précis, nous devons faire une comparaison avec les élections présidentielles françaises de 2017, parce que les enjeux des régionales sont différents. Il y a quatre ans en France 77,77% des inscrits ont participé aux votes au premier tour et 74,56% au deuxième tour.

Donc, les résultats sont là et même le taux de participation n’est pas très inquiétant, mais comment continuer après cette campagne intense ? Comme M. Trudeau a gagné ces élections, c’est son parti qui va former un gouvernement – minoritaire, et c’est son programme qui va servir de base pour le projet du gouvernement. Dans quelques jours, la nouvelle gouverneure générale, Mme Simon va prononcer le discours du Trône qui ouvre chaque année la session du Parlement et présente le programme du gouvernement pour l’année parlementaire qui vient. A la parution de cet article la date du discours du Trône n’était pas encore connue.

Alors à quoi servaient ces élections ? Si on fait une comparaison avec les élections d’il y a deux ans, nous voyons, que deux des chefs de parti participaient pour la première fois aux élections fédérales. M. O’Toole a été élu l’année dernière à la tête du Parti Conservateur, il y a 13 mois plus exactement. Mme Paul ne s’occupait le poste de chef de partie que depuis 11 mois lors des élections. Jusqu’alors ils ne jouissaient pas d’une renommé internationale, au niveau national ils étaient déjà connus avant cette campagne, surtout M. O’Toole qui a l’avantage d’être le dirigeant d’un des plus grands partis du Canada, les conservateurs et les libéraux gagnent les élections à tour du rôle. Mais depuis l’annonce des élections, son nom a été considéré comme potentiel premier ministre du Canada. Donc M. O’Toole a passé son épreuve de feu international; disons que M. Trudeau l’a introduit à la vie politique internationale. M. O’Toole disait lors de son discours qu’il a prononcé dans la nuit des élections que si M. Trudeau veut faire des élections dans 18 mois, le Parti Conservateur sera prêt. En ce qui concerne Mme Paul, elle a annoncé sa démission le 27 septembre en tant que chef du Parti Vert du Canada. Donc il y aura un changement à la tête du parti mais contrairement aux partis verts européens qui gagnent de plus en plus d’importance dans le panorama politique européen, au Canada il est considéré comme un petit parti. L’utilité des verts a été même remis en question puisque tous les partis ont inclus dans leur programme un plan pour l’environnement et contre le réchauffement climatique.

Donc après cette campagne, les partis doivent retrouver le travail au Parlement et pendant qu’au Canada les rivières politiques en crue retournent dans leur lit, l’Allemagne élit un nouveau chancelier.

Etrangement les mots de M. Blanchet « pas de perdants, pas de gagnants » sont valables pour l’Allemagne aussi. 25,7% des suffrages pour le parti social-démocrate et 24,1% pour l’Union chrétienne-démocrate, le parti de la chancelière sortante, Mme Angela Merkel, et là-bas les verts sont dans une situation de faiseur de rois, donc il n’y a pas de gagnant en Allemagne non plus.

Mais dans cette période que nous vivons, depuis mars 2020 tout le monde est perdant, il serait temps de retourner la situation, c’est ça que la population attend à juste titre aux élus partout dans le monde, au Canada, en Allemagne et en France aussi : redresser la situation, regagner la confiance et redonner la confiance dans la démocratie, protéger la population, assurer la possibilité de vivre, travailler et habiter dignement, garantir le droit à l’autodétermination de la personne humaine, et le droit à l’accès à la culture, respecter les individus parce que chaque personne est unique et tout le monde compte. En un mot : rebâtir la démocratie qui est malmenée depuis un an et demi mais profiter de l’occasion et bâtir une meilleur démocratie que celle que nous avons perdue. Le défi est là.

Au Canada nous avons déjà une réponse à la question que nous avons posée dans notre article précédent : un chef d’état dont le nom est lié à la gestion de la pandémie peut gagner les élections ? M. Trudeau a gagné mais sans obtenir la majorité et en Allemagne la situation reste délicate puisque les deux grands partis qui sont en tête-à-tête après les élections, gouvernaient le pays en coalition.

Dans quelques mois c’est à France de remplir les urnes. Les candidats se bousculent, les verts ont déjà ouvert le bal avec leur primaire, le grand parti de droite a décidé de ne pas organiser de primaire mais plutôt convoquer un congrès pour désigner leur candidat, le gauche cherche le lien avec le peuple en proposant une plateforme de « primaire populaire » et on voit apparaître des candidats individuels depuis plus d’un an qui sont à la recherche de partis qui pourraient les soutenir.

Et M. Macron n’a toujours pas annoncé sa décision : il se présente ou pas. Selon la loi il a encore le temps jusqu’au sixième vendredi précédant le premier tour des élections présidentielles à 18 heures, donc un peu de patience et au plus tard le 5 mars 2022 à 17 : 59 nous le saurons.

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